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Intemporalité

Chambres et table d'hôtes en Pays Cathare-Occitanie

Intemporalité

certains personnages ayant marqué la vie du village ou certaines situations très cocasses entre voisins méritent qu’on les relate , parfois avec un peu de nostalgie, d’autres fois avec beaucoup d’humour!

je vous livre donc la seconde des “pETITES hISTOIRES” que j’ai écrites sous l’envolée de mon clavier et de mon inspiration du moment ,mais surtout que tous les faits sont tirés du réel et non de mon imagination Françoise:

voici la seconde: ph 2/10

Remontée ou descente?

Au coin des rues des Jardins et des 4 coins, vivaient à Cubières sur Cinoble depuis leur enfance, deux frères célibataires. Tel un vieux couple, leur vie s’est toujours déroulée de façon bien réglée tout au long de leur existence, réitérant chaque jour les mêmes rituels.

Ils partaient s’occuper de leur jardin très tôt, à l’heure où l’angélus de sept heure cinq faisait trembler le village de ses deux cent seize coups de cloche ! Réveillez-vous bonnes gens, c’est l’heure pour les braves ! Vous étiez à peine en train d’ouvrir un œil sur la journée s’annonçant, qu’ils avaient déjà porté leur petit seau de détritus aux poules et les avaient libérées de leur enclos, stocké dans un coin du jardin le peu de plastique qu’ils n’avaient pu éviter en achetant les deux tranches de jambon qu’ils s’octroyaient royalement au diner ( servi à midi pile) du jeudi et retourné la terre de leur jardin pour la culture  des quatre légumes nécessaires à leur alimentation quotidienne : « patane » (nom local de la patate), carotte, poireau et chou. Ces ingrédients constituaient l’essentiel de la soupe préparée pour leur repas journalier quelle que soit la saison.

 Une fois par mois, une odeur pestilentielle de brulé planait sur le village. Depuis toujours, ils avaient pris l’habitude de bruler le peu de déchets ultimes, chargés de différentes sortes de plastiques dont ils ne savaient que faire, malgré l’existence des services de ramassage des ordures instaurées sur le village, ils avaient toujours fait comme ça !

Les mercredis et les samedis, jour de marché, nous assistions au cérémonial de la sortie de leur vieille 4L en parfait état, précautionneusement garée dans un appentis en bois, construit aux exactes dimensions de leur véhicule. Les manœuvres de sortie, effectuées par André, seul conducteur, ne duraient pas moins d’une demi-heure, pendant qu’Albert s’assurait tous les deux millimètres de mouvement qu’aucune partie de leur précieuse voiture, ne touche les parois de l’étroite remise. Tous les soirs, après le souper à 19h30 précise, c’était l’occasion d’une balade digestive pour aller vérifier que leur double cadenas protégeait sans faille leur petit bijou.

Après le décès d’André, Albert, le plus âgé, est resté seul dans sa petite maison de village perpétrant ainsi le rythme traditionnel de ses activités, indépendamment des évolutions et des changements déjà acquis et exercés par son entourage depuis longtemps.  Au 1er étage de son habitation, dans sa cuisine, il continuait inlassablement à se préparer une quantité de soupe pour la semaine, avec les légumes de son jardin qui mijotaient dans un chaudron noirci par les années de suie et d’un âge indéfinissable. Comme par le passé, quand il partageait encore son repas avec son frère autour de la table en formica, il plongeait un pilon de canard dans sa mixture, qui immanquablement au bout d’une semaine, lui donnait du goût ! Après s’être rassasié et avant la sieste indispensable, la vaisselle était faite immédiatement dans l’évier en grès au coin de la seule fenêtre éclairant cette pièce.

Un jour vers midi, passant dans la rue des 4 coins, je rencontre le voisin de notre cher Albert, un parisien qui a acheté la maison mitoyenne et dans laquelle il réalise de gros travaux de rénovation. Discutant de ses travaux en cours, il me fait part d’un souci d’étanchéité, dû certainement à un problème de remontée d’humidité par capillarité. Il m’en désigne la preuve en me montrant la longue trace d’humidité visible depuis le sol de la maison d’Albert et qui remonte jusqu’au bord de la fenêtre de la cuisine au 1er étage.

Je me suis employée à lui donner une explication plus cocasse de la réelle cause de cette trace, et en préambule, ai amené notre citadin à comprendre que dans nos contrées reculées, certaines habitudes acquises par nos anciens, n’avaient pas trop changé au fil des siècles.

Au même moment où je lui révélais enfin l’origine de cette empreinte, qu’en fait il s’agissait plutôt d’une « descente d’eau de vaisselle », que d’une remontée des eaux par capillarité, notre petit Albert ouvrait sa fenêtre et déversait directement sur la rue, l’eau de la bassine de la vaisselle qui venait de conclure son repas de midi.

Vous imaginez nos surprises respectives !

 Le Parisien découvrait l’existence encore contemporaine de certaines pratiques largement abandonnées depuis des lustres par nos sociétés modernes et le risque de se promener dans les rues du village à certaines heures à moins d’être muni d’un parapluie. Moi je me réjouissais de cette extraordinaire coïncidence d’avoir la démonstration en direct d’actes relevant du moyen-âge et toujours persistant de nos jours sous les yeux écarquillés de notre « estranger urbain ».

Depuis quelques années maintenant que la maison est restée inoccupée, le temps a asséché le mur et fait disparaître la fameuse trace, quelques herbes au pied de cette vieille humidité gardent encore le souvenir d’un ancien arrosage quotidien et nourrissant…

auteur: Françoise

pHOTO : au bas de la fenêtre de la cuisine rue des 4 coins…