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JUJU

Chambres et table d'hôtes en Pays Cathare-Occitanie

JUJU

depuis presque 30 ans que je côtoie les Cubiériols, de toute génération et de toute origine, j’ai vécu des moments qui resteront à jamais gravés dans mes souvenirs et mon coeur,

certains personnages ayant marqué la vie du village ou certaines situations très cocasses entre voisins méritent qu’on les relate , parfois avec un peu de nostalgie, d’autres fois avec beaucoup d’humour!

je vous livre donc la première des “pETITES hISTOIRES” que j’ai écrites sous l’envolée de mon clavier et de mon inspiration du moment ,mais surtout que tous les faits sont tirés du réel et non de mon imagination Françoise:

voici la première : ph1/10

JUJU

“Du temps où le village comptait moins d’une trentaine âmes, toutes originaires des corbières ou de la haute vallée, les anciens avaient coutume de se retrouver et de s’asseoir dans l’abribus scolaire au carrefour principal. Ils passaient, telle une salle d’attente, le plus clair de leur journée à observer et vérifier que chacun vaque bien à ses occupations habituelles.

S’ils n’avaient pas vu Colette traverser la départementale, bèche sur l’épaule, se rendre à son jardin comme tous les matins, les discussions s’engageaient tout de suite sur l’état de sa santé, sur ses potentielles absences auprès de ses enfants et petits-enfants, sur le temps qui commençait à plomber l’air d’une forte chaleur et pouvait empêcher d’effectuer des travaux trop pénibles dans ces conditions.
Ils attendaient impatiemment la descente effrénée en 4L de l’employé municipal, pressé de d’accomplir ses taches d’entretien, pour glaner quelques infos de ce qui pouvait se passer au-delà de leur champ de vision. L’arrivée du facteur juste avant midi leur apportait les nouvelles fraiches du canton de quoi attiser ainsi toute l’imagination collective et enflammer les esprits.

Au cours de l’après-midi, quand la chaleur se faisait trop forte, ils déplaçaient la base de leur observatoire à 10 mètres devant le garage de Juju, emplacement plus ombragé et aéré, et offrant toujours un point de vue stratégique. Notre Juju, personnage local inoubliable et incontournable, ayant fortement marqué par son caractère original et par sa gentillesse l’ambiance de notre village, s’amusait souvent à pester contre ses congénères. Il leurs reprochait de « ne rien faire et de perdre leur temps assis toute la journée devant son garage », du coup pour animer un peu l’assemblée bien installée sur leurs chaises usées, il prétextait au moins 2 fois par après-midi avoir une course à faire à Saint Paul ou vouloir visiter un ami à la Bastide et prenait un malin plaisir à sortir sa R6, un peu cabossée des souvenirs de soirées où il avait embrassé le fossé. Bien sûr cela obligeait chacun à déplacer son siège pour lui permettre l’ouverture des grandes portes de la remise et de faire ses manœuvres sous les yeux inquiets de l’assistance, au cas où une voiture survenait en même temps que le démarrage fracassant de Juju vers le cœur du carrefour. Après quoi, chacun retrouvait sa place, un peu agacé par ce dérangement et déçu d’avoir peut-être raté la seule voiture de la journée.

Effectivement à cette époque, peu de véhicules s’aventuraient sur nos routes étroites et sinueuses, à part quelques tracteurs hoquetant et remorques chargées de luzerne fraichement fauchée. Ils se disaient qu’aujourd’hui jour de marché au bourg voisin, ils auraient peut-être l’opportunité de saluer d’un revers de main l’une de leur connaissance ou détecter, par leur plaque d’immatriculation, l’origine des rares touristes transitant par ce nœud routier incontournable. D’ailleurs, ils s’étonnaient d’en voir de plus en plus chaque année, se demandant pourquoi ces visiteurs sillonnaient notre région : « il n’y a que des ruines par ici, les châteaux ce n’est que des pierres et il n’y a rien à voir ! et les gorges ce n’est pas facile de les traverser alors il vaut mieux prendre une autre route ! ». Parfois certains s’arrêtaient près d’eux pour demander leur chemin, se sentant perdus au milieu de nulle part et donnant ainsi de l’importance à nos assidus ainés.
« Ha non il n’y pas de commerce ni de café dans le village, peut-être au village suivant… »

Mais si Juju par hasard profitant exceptionnellement d’une petite pause au carrefour ou de retour de ses nombreuses escapades était dans le coin, il ne manquait pas d’inviter ces vacanciers à prendre le café ou le petit coup chez lui. Sa porte était toujours ouverte à tout le monde sans aucune discrimination. Quel nouvel habitant, débarquant à Cubières n’a pas dégusté un jour (voire souvent ou très souvent) son nescafé lyophilisé arrosé au final d’un bon rhum Negrita, petit plaisir de Juju, ou n’a pas eu droit à « l’échelle », vous savez une bouteille avec à l’intérieur un objet en bois articulé qui s’anime quand on verse l’alcool. Inutile de préciser le degré de cette boisson, dont seul Juju avait le secret, et qui de toute façon vous arrachait d’un seul coup toutes vos papilles. Devant son insistance et sa convivialité, il était impossible de lui refuser le deuxième service car de toute façon vous n’en sentiez plus le goût tellement votre gorge avait été anesthésiée. Vous passiez un moment inoubliable en sa compagnie, racontant quelques mémoires de la vie locale ou critiques éclairées de situations contemporaines.

Juju, occupant une grande maison avec une petite cours et étant veuf depuis plusieurs années, son caractère avenant et son avant-gardisme l’avaient amené à aménager simplement l’une des chambres disponible à l’étage et à offrir le gite et le couvert chez l’habitant aux éventuels pèlerins égarés : « j’ai une grande maison et je suis seul, cela fait un peu de compagnie de temps en temps et ma foi si quelqu’un veut dormir là, je peux le recevoir et même le faire manger on partagera la soupe, pas de fioriture ».
Il est vrai que Juju vivait très simplement et avec un minimum de décoration dans son intérieur, il n’avait que des ustensiles utiles, pour la cuisine, pour la cheminée dont la tablette n’était absolument pas encombrée des éternels bibelots en tout genre et poussiéreux que l’on aurait pu y trouver.
Il était toujours heureux d’avoir quelques acolytes à sa table pour servir un « petit noir » (vin rouge du pays) dans ses verres à moutarde précieusement conservés, ou son fameux rancio. Ce n’est qu’après avoir absorbé son breuvage qu’il vous racontait que : « cette année le vin blanc n’était pas très bon car c’est pas la même chose que d’habitude et pourtant je remets le même tous les ans dans mon tonneau sous le lit, c’est là qu’il se fait le mieux, mais il faut le filtrer parce que des fois il y a la mère qui tombe dans la bouteille ! »
Quand par hasard, un randonneur hors des sentiers battus, se présentait pour faire une étape chez lui, c’était toujours avec beaucoup d’humilité qu’il présentait l’unique chambre disponible où il s’apercevait au cours de la visite que la paire de drap du lit était encore en train de sécher sur un fil au fond de sa petite cours. Il invitait alors notre visiteur à se désaltérer avec l’un de ses mémorables philtres, pendant qu’il allait dresser la couche avec les draps encore humides.

Si au même moment vous passiez par là et lui donniez un coup de main, il vous disait : « oh ! C’est pas grave, ils sont propres et ce sera sec quand il ira se coucher ! » Convaincu que de toute façon, n’étant que de passage à l’improviste, son invité ne s’en offusquera pas.

Le soir venu, pour faire honneur à cette compagnie inopinée, il avait décidé de préparer dans sa cour un barbecue allumé avec les sarments de sa vigne. Cela changeait de ses traditionnels spaghettis arrosés de graisse de canard, le tout passé à la rôtissoire électrique et ressortis après cuisson, complètement desséchés, tant durait l’apéritif au Rancio servi copieusement et surtout prolongé par les visites, à cette heure, de ses habituels amis venus prendre de ses nouvelles.
« Vous allez rester manger avec nous, j’ai sorti une cuisse de sanglier du congélateur, il faut que je le vide j’ai besoin de place pour la chasse qui va commencer, il y en a assez pour tout le monde ».
N’ayant pas de « flambadou », ustensile traditionnel utilisé pour faire fondre du lard sur des viandes cuites à la broche et leur donner un goût de flambé, il utilisait un épais journal tourné en forme de cône où il glissait du lard à l’intérieur en s’assurant que la graisse allait bien pouvoir s’écouler doucement par la petite extrémité. N’imaginez pas que le diner était servi à sept heures !
Notre hôte, ébahi de la soirée improvisée à son égard, se laissait porter dans cette ambiance qu’il découvrait avec bonheur, et stupéfaction d’être ainsi transporté dans un monde inconnu. Ce n’est que tard dans la nuit qu’il regagnait son lit assurément sec à l’heure où chacun décidait qu’il était temps de rentrer.

Juju souffrant régulièrement de longues insomnies, était content d’avoir pu occuper agréablement une bonne partie de sa nuit blanche avec ses potes tous âgés de moins de 40 ans que lui.
Les aventures de son hôte ne s’arrêtèrent pas là, quant au matin, il se retrouvait prisonnier à l’intérieur de la maison. La soirée de la veille n’a pas fait grande différence avec celles passées régulièrement avec ses amis locaux et Juju ayant oublié qu’il avait un occupant occasionnel, était sorti très tôt pour arroser son jardinet en fermant à clef sa porte d’entrée derrière lui.
Heureusement, il ne s’absentait jamais trop longtemps et rattrapait son oubli en lui servant un bon petit déjeuner et mettait sur la table toutes les ressources de son frigo : la confiture qu’il avait faite avec les cerises de son jardin, un peu de miel du pays que son ami Jo lui avait porté de sa dernière récolte, le pain peu rassis acheté il y a deux jours lors de la tournée du boulanger le mardi et un peu de boudin, spécialité de la région qui se mange froid.
Il se mettait en quatre pour satisfaire son hôte avec ses modestes moyens et pour partager son style de vie bien à lui, sans superflu comme il disait.
Son locataire pouvait repartir le ventre plein et la tête pleine d’avoir eu la chance d’être le témoin de scènes d’une vie simple et rurale, disparues aujourd’hui.

C’est avec un fond de philosophie implacable, du fait de sa grande expérience de la vie, qu’il se plaisait à répéter sa maxime personnelle qu’on ne peut pas oublier:

« on n’est que de passage ! Alors il faut en profiter! ».

auteur: Françoise

Juju nous a quitté peu après avoir fêté ses 80 belles années, tous ses amis lui ont souhaité en lui offrant un survol du Pays Cathare en petit avion
c’était sa première expérience de vol et de survol des Gorges de Galamus , il a pu ainsi avoir l’occasion de voir sa région d’en haut,
on peut dire aussi que c’est l’une des rares personnes qui tout au long de sa vie  n’a jamais pris les choses de haut.
ses plus belles qualités auront certainement été son humilité et sa générosité…

 

IMAGE/ LE FLAMBADOU”